ton absence n’a pas du tout effacé nos années d’amour
« Mon passé se dissout je fais place au silence » (Paul Éluard)


À l’inverse de Paul Éluard qui écrivait « Mon passé se dissout je fais place au silence »,
ton absence n’a pas du tout effacé nos années d’amour. Notre vie, ta présence, hante
mes nuits, depuis tant d’années. Comme si, je vivais deux vies en parallèle. Cela m’a
laissée perplexe. Longtemps, mon âme a broyé un moulin de pleurs incessants, de bruits assourdissants scandant ton absence. Vivre avec le constat de la cassure indélébile a été un long apprentissage. Celui d’accepter les réminiscences du passé, d’une vie belle, même avec son lot de défis. De me détacher du « pour la vie » pour avancer sur l’autre chemin imposé. Y trouver d’autres soleils. Vivre avec l’ombre omniprésente qui tente de reprendre le devant de la scène. Le souvenir incrusté dans l’âme comme un pan de vie qui revendique encore son rôle alors que, depuis tant d’années, la famille a éclaté. C’est toi qui l’as brisée. Tu as disparu. Tu as opté pour ton épanouissement professionnel, accompagné d’une nouvelle dulcinée. Oubliant jusqu’à tes propres enfants.
Cette blessure-là est la plus douloureuse pour le cœur d’une maman. Mon cœur à moi qui ne rêvait que d’un clan uni, bienveillant, rempli d’amour. Tu l’as amputé. Il nous a fallu vivre sans. Il a fallu réanimer la flamme de mon âme, celle qui jamais ne s’éteint mais que j’ai eu du mal à faire vibrer à nouveau. J’y suis arrivée. Je croyais, naïvement, que le deuil d’un être vivant allait, un jour, s’estomper. Il n’en est rien. On n’efface pas des jours et des nuits d’amour. Ce serait comme renier sa propre vie. Ces années-là ont existé. Je les garde comme un trésor. Un bonheur dont j’ai joui. Combien d’êtres humains n’ont pas cette chance. Souvent, je tente de me consoler ainsi. En vain. Je n’ai pas compris ta décision implacable. Je n’ai surtout pas admis ton indifférence à notre égard. Encore moins tes critiques vis-à-vis de celle qui t’avait propulsé sur ton parcours d’artiste. Quelle ingratitude !
Alors, j’ai tenté de trouver une raison à ton cheminement. J’ai revisité mes journaux
intimes. J’ai vu à quel point j’avais trop aimé. Je croyais être indispensable pour ne
jamais être abandonnée. Inconsciemment, j’ai relégué mes propres aspirations pour te servir. Ce faisant, je me suis oubliée. Mon âme s’est meurtrie et mes angoisses, mes tristesses, ont rejailli, jetant un voile sur notre vie. Entraînant les maux du cœur et du corps. Toi, enfant joyeux, désinvolte, tu n’en voulais pas. Tu cherchais la légèreté, la liberté, l’autonomie. Un peu comme un adolescent qui quitte le nid. Aujourd’hui, au crépuscule de la vie, qu’en est-il ? Isolé de tes propres enfants et petits-enfants. Tout imbus de ta carrière comme seule raison de vivre. Triste.