Rosette pipar
Rosette pipar écrivaine
Rosette

L’être humain en sursis

Publié le 05 May 2026


Toutes ces années à tenter d’apprendre à vivre, à calmer ces questions, ces émois.

Dès la fin de mon adolescence, j’ai toujours été curieuse de savoir comment les autres

vivaient. « Derrière les fenêtres », qu’y avait-il ?

Enfermée au pensionnat ou dans l’appartement familial où aucune amie n’entrait et

d’où je ne pouvais sortir qu’accompagnée des parents, je n’avais aucune idée du monde.

Au fond de moi, une mélancolie persistante. Une tristesse insondable. Je n’avais pas,

aucune notion de l’âme. Aussi, c’est dans la psychologie de l’être humain que je

cherchais désespérément des réponses à ce cœur qui battait à un rythme décalé. Dans

l’histoire des saints aussi. Leur vie, leurs quêtes, me donnaient un aperçu d’une autre

dimension. D’abord, leur choix. Il était donc possible de choisir sa vie. Ces hommes et

ces femmes avaient un idéal de vie plus grand qu’eux-mêmes. J’entrevoyais alors la

possibilité d’une transcendance éthérée. Elle m’appelait. Il me semblait qu’elle était la

voie pour m’élever au-dessus de la mêlée. Au-delà de la foule à laquelle je ne me sentais

pas appartenir. Comme si je voulais rejoindre une autre dimension. Un univers à la fois

inconnu mais où j’espérais rejoindre ma vraie nature. Libérée. Joyeuse. Simple. En

dehors des règles et contraintes qui broyaient mes élans.

La perte de mon grand-père m’avait laissé un goût amer d’impuissance. Un éclair de

notre finitude. La mienne, pourtant, tout comme celle de mes proches, me semblait

bien loin, presque irréelle.

Ce n’est que plus tard, bien plus tard, que je compris à quel point nous vivions tous en

sursis. Lorsque j’avais vu un être cher lutter contre une maladie fatale, avec courage et

détermination. À son décès, je terminai mon éloge à son égard par cette pensée :

« Nous vivons tous en sursis, lui, le savait. Il a honoré les derniers mois de sa vie. »

Depuis lors, cette notion de sursis, ne m’a jamais quittée. Oscillant entre le désarroi, les

peurs et l’envie folle de réaliser des projets. Malgré tout, c’est la nécessité vitale de

vivre passionnément qui prônait. Déployer toute mon énergie et ma créativité dans tout

ce que j’entreprenais. Comme si c’étaient les derniers moments de ma vie. Comme si je

voulais absolument laisser une trace. Surtout, pour gagner mon ciel, honorer les talents

reçus. Obnubilée par la citation de la Bible : « Qu’as-tu fait de tes talents ? » Alors,

durant de nombreuses années, la perspective de la mort, s’estompait. Ressurgissant, de

temps en temps seulement. Reléguée dans un coin de ma mémoire, dans une scène

masquée que je ne voulais pas dévoiler.

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